Une médiocre impro pour faire revivre ce blog
Elle marchait sans but le long de ce port, proche du rebord ; elle ne se souciait guère du risque : elle tomberait si le destin en avait décidé ainsi.
Pour le moment, elle se contentait de marcher.
Marcher sans but précis dans la douce brise d'automne, regarder les feuilles tournoyer et les arbres dépucelés.
Oui, elle trouvait ça mignon d'appeler les arbres sans feuilles des arbres « dépucelés » tout comme elle s'amusait à « démembrer » leurs branches....
Les gens la trouvaient bizarre, parfois plus : morbide
Mais elle, ne s'en souciait guère.
Cette nuit-là, elle a longtemps observé la lune : la tête en l'air, dans les étoiles, en équilibre précoce au bord de l'eau qui reflétait sa fine silhouette sombre, lugubre ; relation oxymorique d'une jeune fille avec cette pleine lune.
Je crois que le destin, ce soir, n'était pas de bonne humeur parce qu'elle s'est retrouvée dans l'eau, les cheveux dégoulinant, la peau grelottante, les ongles mauves et les yeux larmoyants.
C'est bizarre qu'elle est essayé de se débattre, de lutter contre cette eau oppressante, liquide verdâtre et gluant, sorte de monstre immonde aux milles tentacules.
Elle tremblait, paniquait, suffoquait, pleurait, criait, avalait, se débattait, crachait, haletait, divaguait, tombait, s'endormait enfin.
J'ai pensé qu'elle était bête alors je ne l'ai pas aidé.
Tout doucement, elle s'est replié sur elle-même et à expirer une dernière fois.
Je ne l'ai pas entendu à cause de l'eau mais j'ai vu une infime bulle remonter à la surface de l'eau, redevenue lisse, inoffensif, innocente.
J'ai deviné que le monstre été parvenu à l'emporter dans les abîmes, qu'elle allait maintenant pouvoir rejoindre un monde glauque, sombre qui lui correspondrait plus.
Au fond, j'étais fière d'avoir contribué à cette sorte « d'enlèvement » (car moi aussi, après tout, j'aimais donner des noms bizarres et déplacés aux choses).
Grâce à moi, elle ne souffrirait plus, grâce à moi, elle pourrait dire «démembré», «dépucelé», «décarcassé», «décapité», «décomposé», «déchiré» sans se soucier des autres : grâce à moi tout allait changer.
Au fond, je pense que j'avais vraiment bien fait de la pousser.
*Big smile =D*